Ouf ! Martin Fourcade a gagné la Poursuite olympique avec le panache des grands jours. Un vrai soulagement pour le biathlon français, car la veille, le n°1 mondial était, comme pas mal d’autres favoris d’ailleurs, passé complètement à côté du Sprint, échouant au 8e rang. Une gifle… Et que dire de son plus redoutable challenger en World Cup, Johannes Thingnes Boe, 31e parmi les sans-grade ! Raison invoquée ? Des conditions météo déstabilisantes au moment d’abattre les cibles. Du vent, du vent, beaucoup trop de vent. Du coup, le Pyrénéen loupait son tir couché, imité par le Norvégien qui trébuchait une seconde fois, au tir debout. A l’arrivée, les lauriers revenaient à l’Allemand Arnd Peiffer devant le Tchèque Michal Kcmar et l’Italien Dominik Windisch. Clairement, pas ceux qu’on attendait.
Le lendemain, la tension était à son comble pour les deux hommes qui dominent pratiquement sans partage la Coupe du Monde 2018. Revanchards comme tous les grands athlètes, il leur fallait absolument inverser la vapeur lors de cette Poursuite olympique à haut risque. On connaît la suite : Fourcade s’imposera facilement, mais Boe allait sombrer à nouveau, franchissant la ligne en 21e position !... Eh oui, ainsi vont les Jeux, avec leur lot de surprises, bonnes ou mauvaises. Pour autant, soyons-en convaincus : Boe va se ressaisir et son duel avec Fourcade aura bien lieu d’ici la fin de cette quinzaine coréenne, puisque Martin et Johannes Thingnes vont encore croiser le fer dans l’Individuel et la Mass Start, sans oublier les deux relais (mixte et masculin) auxquels ils voudront certainement participer pour étoffer leurs tableaux de chasse. La question étant : à la lecture des statistiques, lequel des deux, pensez-vous, tient la corde pour rafler un maximum de médailles ?
"Lequel des deux, pensez-vous, tient la corde pour rafler un maximum de médailles ?"
Côté palmarès, il n’y a pas photo, Fourcade surclasse son rival scandinave, et pas qu’un peu ! Pour mémoire, Martin, c’est 10 titres de Champion du Monde, 7 globes de cristal et 63 victoires (hors Relais) en World Cup auxquels il convient d’ajouter 4 médailles olympiques, 2 d’or et 2 d’argent, conquises à Vancouver et Sotchi. Bref, un monument, un extraterrestre, alors que Boe doit se contenter de 2 titres de Champion du Monde, zéro globe de cristal et zéro médaille olympique.
"Côté palmarès, Fourcade surclasse son rival scandinave, mais n’empêche, ce satané Boe lui colle au train, en lui mettant une pression pas possible."
La hiérarchie 2017/2018 semble confirmer la super forme du Français, toujours installé au commandement de la Coupe du Monde. Semble, car à y regarder de plus de plus près, le roi barbu n’affiche plus la même maestria. Il sait qu’il va devoir sortir le grand braquet pour conserver sa couronne alors qu’il reste 3 manches à disputer après PyeongChang. La vérité, la voilà : aujourd’hui, Fourcade a enfin trouvé un adversaire réellement à sa mesure. Ce satané Boe qui lui colle au train, parfois même (et même… souvent !) le dépose, en lui mettant une pression pas possible. Les chiffres le confirment : à peine 54 unités les séparent au général provisoire de la World Cup (834 points pour Fourcade, 780 pour Boe). Mais il y a plus perturbant : si Martin totalise cette année 15 podiums contre 12 pour Johannes Thingnes, on constate que la situation est inverse quand on se limite à additionner les victoires : 8 pour Boe, 6 pour Fourcade. Et ça, c’est inédit.
"Le Français sait qu’il va devoir sortir le grand braquet pour conserver sa couronne alors qu’il reste 3 manches à disputer après Pyeongchang."
Prenons maintenant de la hauteur pour examiner le parcours des deux protagonistes depuis qu’ils se côtoient. Fourcade a 29 ans. En 2002, il découvre le biathlon en compétition et, dès 2008, le voilà en Coupe du Monde. Il lui faudra moins de 2 saisons pour engranger ses premiers succès. Boe, lui, a 24 ans. Il démarre le biathlon très jeune, devient une référence chez les juniors en 2010 et arrive en World Cup 3 ans plus tard. Il lui suffira de quelques mois pour monter sur le podium. Entre eux, la différence d’âge n’est pas frappante… sauf que Martin fait la course en tête depuis si longtemps que l'on peut craindre une certaine fatigue physique et mentale. C’est un processus classique chez les sportifs de pointe, fussent-ils d’exception. Mais, comme précisément ils sont exceptionnels, ils parviennent à rebondir. Alors, comment analyser les quelque ratés du Français au début de l'hiver ? Par une usure relative ? Ou simplement (c’est un euphémisme) par l'absolue nécessité de forcer son talent pour être encore plus performant et ne pas se laisser supplanter par le Norvégien ? Sans doute un peu des deux. Quoi qu’il en soit, Martin Fourcade a su réagir sans délais et mettre tout en œuvre pour se maintenir au top niveau. Avec, néanmoins, cette réalité que l’on ne peut nier au vu des passes d’armes qu’ils se livrent depuis décembre : Johannes Thingnes Boe est là et bien là ! Blessé dans son amour propre après ses débuts calamiteux à PyeongChang, le viking blond va vouloir remettre les pendules à l’heure et entrer dans l’histoire olympique… ce qui nous vaudra très probablement d’assister ces prochains jours à une lutte de prestige de toute beauté. Qui s’en plaindra ?
Texte : Denis Asselberghs
Photo d'ouverture : DPPI
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