Que de chemin parcouru depuis l’arrivée du Sénégal aux JO de Sarajevo en 1984… entendu qu’avant - en 1960 à Squaw Valley - la délégation sud-africaine n’était composée que de blancs, apartheid oblige ! Or, depuis, les choses ont heureusement bien évolué avec la venue de l’Erythrée, du Nigeria, de l’Egypte, du Maroc, etc. Les chiffres à PyeongChang en attestent avec pas moins de huit nations du continent noir pour un total de 12 athlètes présents durant la quinzaine coréenne.
En dépit de performances assez moyennes (« mais l’important, c’est de participer » dixit Coubertin), les concurrents africains sont généralement bien placés à l’applaudimètre. Il faut dire que la simple participation à des épreuves hivernales relève déjà de l'exploit pour ceux et celles qui ont dû adapter leur organisme à des conditions climatiques totalement inconnues dans l’hémisphère sud. Seconde difficulté, et non des moindres : réunir un budget. Prenons les Nigérianes en bobsleigh. Elles ont elles-mêmes organisé une collecte de fonds pour acheter l’équipement et financer les séances d’entraînement. Car, vous vous en doutez, la contribution des instances nationales est réduite à portion congrue vu le peu d’intérêt que génère cette participation olympique comparé à l’engouement que suscite dans ce pays le football, la boxe et l’athlétisme.
"La simple participation à des épreuves hivernales relève déjà de l'exploit pour ceux et celles qui ont dû adapter leur organisme à des conditions climatiques totalement inconnues dans l’hémisphère sud. "
Du coup, comment ne pas être admiratif devant ces sportifs de pointe qui tentent leur chance dans des disciplines de glisse à mille lieues de leur culture traditionnelle. Parmi eux, l'ex-sprinteur ghanéen Akwasi Frimpong et la Nigérienne Simidele Adeagbo, tous deux engagés en skeleton. Ils se classeront derniers, non sans avoir travaillé dur pour être présent dans le portillon de départ. Idem pour les Nigériennes inscrites en bob. Un événement, puisqu’il s’agit là rien moins que de la toute première apparition d’une équipe africaine dans le monde très fermé du tobogganing. Et une fois encore, la paire Omeoga-Adigun finira à la 20e et dernière place du concours, juste derrière les Jamaïcaines... mais avec la considération des autres filles, Allemandes, Suisses, Autrichiennens, auxquelles elles ont donné une très honorable quoi que modeste réplique.
"Ils se classeront derniers, non sans avoir travaillé dur pour être présent dans le portillon de départ."
Dans les courses de ski alpin, on épinglera la représentante du Kenya, Sabrina Simader. Alors qu’elle résidait avec sa famille en Autriche, elle s’est décidée à chausser les lattes en 2013… et la voilà 5 ans plus tard dans le super-G olympique, obtenant une 38e place sur 44 franchement encourageante. Quant à la Malgache Mialitiana Clerc (qui a grandit en Haute-Savoie), elle a fini 48e du géant. Sur 81 demoiselles inscrites, c’est mieux que bien, d’autant que Mialitiana n'a que 16 ans. Elle est l'une des plus jeunes compétitrices admises à PyeongChang. Chez les hommes, le Marocain Adam Lamhamedi (aujourd’hui domicilié au Canada) a bouclé le slalom géant au 53e rang. Notez qu'on avait déjà vu Adam à Sotchi en 2014… mais en ski de fond ! Quant à Shannon Ogbani Abeda, il est le premier Erythréen envoyé aux jeux d’hiver. Ayant migré lui aussi avec ses parents au Canada, Shannon n’a d’abord eu d’yeux que pour le hockey sur glace. Puis, changement de cap, il est devenu un honnête géantiste. Venant à bout de la difficile piste d’Alpensia, il a franchi la ligne cette semaine en 61e position. Une joie que n’a pas éprouvée Connor Wilson, pour l'Afrique du Sud : il a chuté dans ce même géant. Ce sera donc partie remise dans quatre ans !
"Elle s’est décidée à chausser les lattes en 2013... et la voilà 5 ans plus tard à une place encourageante dans le super-G olympique !"
Dans le domaine nordique, on a retrouvé avec plaisir le franco-marocain Samir Azzimani, déjà croisé dans les épreuves de ski alpin à Vancouver en 2010, puis à Sotchi en 2014… mais alors en ski de fond. C’est dans cette discipline qu’il a choisi de persévérer à PyeongChang, venant à bout du 15 km libre en 111e position, sur les talons du Libanais Samer Taw (109e). Bravo aussi à la Togolaise Mathilde-Amivi Petitjean, 59e des qualifications pour le sprint classique et, deux jours plus tard, 83e du 10 km libre. Un finish dans la douleur. Et dans le bonheur !
Texte : Arnaud Asselberghs
Photo d’ouverture : T.KidsNews/olympic.org
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